page d'accueil Renée Mayot
Renée Mayot : L’itinéraire de l’émotion

Pour Renée Mayot, le dessin a toujours été l’expression privilégiée. Née dans un petit village des Ardennes, elle ressent son premier grand choc esthétique lorsqu’à l’âge de dix ans elle découvre la cathédrale de Reims. Jacques Simon, maître-verrier de la cathédrale et ami de la famille, l’encourage à préparer l’Ecole des Beaux-Arts de la cité rémoise. Elle y entre à l’âge de seize ans : le mythe devient réalité. Réalité étourdissante certes, mais aussi confrontation quotidienne difficile avec la matière et un enseignement particulièrement rigoureux. Au travers d’un cursus encore très classique, Renée Mayot découvre l’histoire de l’art, mais aussi les techniques de la sculpture, de la gravure, perfectionne son dessin et, comme elle le dit si bien “s’éveille à la beauté”. A ce titre, son professeur de sculpture Leopold Kretz, aura une influence capitale sur son apprentissage d’artiste et sera son véritable “maître”, dans l’esprit de la Renaissance. Il savait, dit Renée Mayot, travailler avec ses élèves, s’émerveiller dans leur création, vivre avec eux les angoisses et les joies, leur apprendre à voir.
Après son CAFAS, elle quitte Reims en 1966 et part à Strasbourg préparer un diplôme de sculpture. Elle y restera un an et rejoindra en 1967 l’atelier de Raymond Corbin à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Elle y travaillera jusqu’en 1971, obtenant en décembre 1970 son diplôme de fin d’études.

Puis sa vie d’artiste et sa vie de femme se confondent. Sans doute, sa production devient-elle hachée, déclinée par le quotidien, mais pendant quatorze années, l’artiste ne cessera d’approfondir sa technique, d’élargir son regard et d’élever sa pensée. Son itinéraire d’apprentissage se heurte et se bouscule aux réalités – parfois lumineuses, souvent médiocres de la vie. En 1978, elle expose à la F.I.A.P., puis au Salon des Artistes Français; obtient le prix de la jeune sculpture, le prix Pierre-David Weill et participe à de nombreuses expositions. Son activité en matière de création de médailles est quotidienne et intense.

L’admission à la Casa Velasquez en 1983 sera pour Renée Mayot une étape essentielle de son chemin intérieur, de son itinéraire de l’émotion. Bénéficiant – comme tous les pensionnaires – d’un atelier de travail personnel, d’une liberté absolue de temps et de travail, jouissant du calme respectable des grands jardins ou du bourdonnement de lumières exceptionnel de ses visites quasi-journalières au Prado, Renée Mayot travaille. A la fin de la première année, et à l’issue des expositions qui en marquent le terme, son séjour est reconduit pour un an. En rupture complète avec les climats de la Normandie où elle était installée, le séjour de la Casa est vécu comme un moment extraordinaire. Les rencontres entre artistes, l’émulation intellectuelle et la communication permanente… ce bouillonnement incessant et tumultueux des imaginations et des techniques resteront pour l’artiste comme un temps arrêté de son histoire, véritable aboutissement des années d’apprentissage et premiers pas dans “l’Age d’Homme”.

L’Homme – celui qui est humain – est pour Renée Mayot, la valeur perdurante, l’Eternité comme l’aurait dit Rimbaud. Par le corps du modèle, l’artiste quête à la recherche d’elle-même et puis s’élève dans sa volonté si forte du Divin. Le travail avec modèle est acte sacré, communion. Les corps que nous livre à lire l’artiste n’ont pas d’âge, ils sont éternels et portent en eux la mémoire du monde et son espérance.

Propos recueillis par Michel Berthelot.