page d'accueil Renée Mayot
Renée Mayot est l’artiste de la violence et du sacré. Sans doute faut-il attribuer à ses origines ardennaises l’énergie concentrée du trait, le crucifiement des corps, la vigueur des contours, la cruauté du vrai et la beauté de la douleur. Cette artiste est le martyre d’un survoltage permanent de la vision. Elle met les chairs à la torture, cloue les membres à un gibet invisible, surélève le destin pour le porter à l’incandescence des plus hautes tensions.

Mais sous cette apothéose de la volonté veille le sacré. Renée Mayot est une mystique de l’offrande, une orante des apaisements silencieux et secrets, une prêtresse vigilante, qui ne porte la créature à une superbe lapidation que pour la sacrifier sur l’autel d’un art vénérateur. Le corps humain est son temple et la beauté en est l’âme. Nulle profanation dans la crudité du dessin, nulle humiliation des nus écorchés, nulle dérision dans l’écartèlement des membres. Le religieux, chez Renée Mayot, c’est l’élévation non pas défendue contre vents et marée et sauvée, mais tranquillement montrée dans son naturel, pleinement présente et se suffisant à elle-même. Cette artiste orphique, et comme immolée au temps auquel elle sert de proie, connaît si naturellement le déchirement de vivre qu’elle rend ascensionnels les témoins consentants qu’elle nous présente tout ensoleillés de périr. Elle ignore la profanation du peintre maudit, qui débusque le divin par la grâce du sacrilège; elle vit dans la paix qui sacrifie les vivants. C’est en cela qu’elle est à la fois une artiste antique, qui connait les dieux dans l’adoration d’un monde hanté par la nuit, et une artiste moderne, dont la musique de la vérité répond à la double bénédiction de la souffrance et de la joie.

Renée Mayot est aussi l’auteur de médailles magnifiques, qui lui ont été demandées par la Monnaie de Paris. On admirera, dans ces confessionnaux en miniature des songes de l’artiste, la pureté des visages que le génie grec à glorifiés de son feu soutenu, et les lignes tourmentées que le Dionysos nouveau a incendiées de son agonie et de son triomphe. Il en est qui s’ouvrent sur les deux formes du défi humain à la mort, le prométhéen et le chrétien, et sur leurs mystères étroitement confondus. Sereines et tragiques, méditatives et traquées, elles témoignent de l’ambiguïté féconde d’un talent conscient de ses moyens et habité par le “dieu inconnu”.

Manuel de Dieguez.